14.02.2007

Le bûcheron - art V

Cinquième partie

Henri regardait fixement son sac, s’attendant à un miracle mais aucun ne se produit. Il n’y avait plus que lui, la nuit et le silence.

Silence qui fut bientôt entrecoupés de petits bip-bip qui signalaient que sa batterie était faible. Ça en fut de trop pour Henri qui fondit en larmes.

Il sanglota quelques minutes, la tête posée contre son arbre puis se ressaisit un peu en se disant que ça ne changeait rien si son portable s’éteignait puisqu’il ne pouvait pas l’atteindre.

Il se dit que c’était bête d’avoir gaspillé toute l’essence de sa tronçonneuse, il aurait pu s’en servir pour allumer un petit feu car il commençait à frissonner, et si quelqu’un le cherchait, il serait visible de bien plus loin. Mais il se souvint qu’il n’avait sur lui ni allumettes, ni briquet puisque il ne fumait pas, donc pas de feu.

Il posa sa joue contre l’écorce lisse du bouleau, il était épuisé, physiquement et psychologiquement. Il tentait de trouver un moyen de se délivrer mais se sentait incapable de réfléchir à autre chose que sa malchance.

La lune se levait, pleine et ronde comme une bonne fermière, arrosant les bois d’une lumière froide et donnant un aspect sinistre à tout ce qui l’entourait. Même son sac contenant le portable ressemblait à présent à une bête qui, tapie dans la pénombre, attendait qu’il s’assoupisse pour venir le prendre à la gorge.

Henri ricana tout seul des ses idées stupides et déplaça un peu ses fesses qui commençaient à s’ankyloser à cause du froid et de l’immobilité. Il trouva une meilleure position en s’asseyant avec l’arbre entre les jambes, il posa sa joue contre l’écorce et se mit à chantonner des chanson des années ’60. Une chanson de Paul Anka pensait il, sans en être sur.

Il ricana du fait qu’il se creusait la mémoire pour un détail aussi futile.

Peu à peu il s’assoupit. Il ne savait pas depuis combien de temps il somnolait quand il se rendit compte que les petits bruits qu’il entendait étaient bien réels et non pas issu de son rêve.

Les pas légers et rapides s’interrompaient fréquemment pour reprendre aussitôt.

- Des enfants, se dit Henri dont le cœur c’était mit a battre la chamade, ce sont des scouts qui font un jeu de nuit.

Aussitôt il se mit à crier

- Au secours, venez m’aider. Les enfants, je suis là, je suis prisonnier !! S’égosilla t il.

Il tendit l’oreille. Plus de pas ! Il n’avait pourtant pas rêvé, ou si ? Et pourtant si dit il, nous sommes dimanche soir, demain les enfants ont cours, comment peut il y avoir des enfants qui jouent dehors maintenant !

Il resta prostré quelques minutes, tous les sens aux aguets. Le silence était oppressant et lourd comme une dalle en béton.

Puis tout à coup les pas reprirent. Henri se redressa autant que le permettait sa main coincée et tendit le cou à s’en faire craquer les vertèbres.

Malgré le clair de lune il ne voyait personne, bien que les pas approchaient.

Puis tout à coup une masse sombre se découpa dans la pénombre. Henri senti le sang se glacer dans ses veines, ce qu’il prenait pour un boy-scout était un énorme sanglier.

Il avançait lentement, le groin à raz du sol, s’arrêtant de temps en temps pour manger ce qu’il trouvait à son goût mais ne quittait pas Henri des yeux.

C’était un vieux mâle solitaire qui boitillait un peu, sans doute le souvenir d’un coup de fusil récolté lors d’une chasse.

Le groin toujours au raz du sol, qu’il ne cessait de renifler, il s’approchait lentement de Henri.

Celui ci se mit à tirer frénétiquement sur sa main coincée dans la fente de l’arbre en poussant une longue plainte qui se termina dans un râle. La peur surmontait la douleur lancinante de sa main et de son épaule démise.

D’habitude il n’avait pas peur du gibier, mais là il était seul, blessé, épuisé et sans possibilité de fuite.

Pourtant il parvint a retrouver son calme, bien que sa respiration était toujours très rapide et il parvenait à nouveau a réfléchir.

Le sanglier était tout près à présent et reniflait le sang qui avait coulé et séché le long du bras emprisonné d’Henri.

Henri poussa un hurlement qui fit reculer le sanglier d’un mètre ou deux. Lorsqu’il s’approcha une nouvelle fois, Henri poussa un nouveau cri mais l’animal recula moins et la suivante, il ne bougea pratiquement pas, ayant vite compris que ce cri ne pouvait lui faire de mal.

Lentement Henri tendit alors son bras valide vers le bout de bois dont il s’était servi tout à l’heure pour tenter de se dégager, il le passa derrière son épaule puis le rabattit de toute ses forces sur le groin de son indésirable compagnon.

Le sanglier poussa un grand « grouiiiiiik » en reculant, secoua la tête puis chargea pour donner un coup de boutoir.

Une dent pénétra la gorge sectionnant la veine jugulaire.

La dernière pensée d’Henri fut « quelle connerie ! » et il s’affaissa dans un gargouillis.

11:30 Écrit par Patrick dans littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : litterature, nouvelle

Commentaires

Etrange ... J'aime bien le sanglier ...oups je me sauve ... pauvre humain pris dans ses propres pièges .. je ne veux pas m'en mêler ... en ce moment je disjoncte ...j'aime pas trop les humains ...sont étranges les humains ...pas assez " animal " pas assez vrais !
La suite ste plé ... sourires ... tu as bien programmé ton truc là ...vive ( comment cela s'appelle le machin .. " planifier " ? a la force de tout planifier ...le coeur s'y perd !) je n'aime pas ce système de " planifier " vous en oubliez de lire les petits commentaires que l'on vous laissent ...dommage !
Mais j'attends la suite malgré tout que je viendrais lire " sans planification "
Rires !
Bisous malgré tout Syrius !

Écrit par : *MeL* | 14.02.2007

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