16.02.2007
Le bûcheron amateur - Suite et fin.
Septième partie et fin.
Le samedi suivant, un riche propriétaire qui habitait quelque kilomètres plus loin, organisait une battue au gros gibier.
Tard dans l’après midi, tandis que les chasseurs se dirigeaient vers le château au volant de leurs puissantes voitures aux quatre roues motrices et salivaient par avance après le repas bien arrosé qui les attendaient, les traqueurs vidaient les victimes de la journée.
Un d’eux, un bonnet de laine troué sur la tête et un mégot éteint et jaunâtre collé à la lèvre inférieure, planta son couteau de chasse dans la panse d’un gros sanglier, l’ouvrit de haut en bas et plongeât ses mains aux ongles crasseux à l’intérieur pour en extraire les entrailles encore tièdes.
Alors que les boyaux tombèrent à ces pieds dans un gargouillis répugnant et éclaboussait ses bottes, il lui sembla voir un éclair brillant au milieu des tripes gris verdâtre qui gisaient à ses pieds.
De la pointe de son couteau il farfouilla dans la masse malodorante jusqu’à ce qu’il entende le « tic » que fit son couteau en touchant un objet en métal. Le traqueur y regarda plus près et découvrit une bague, ou plutôt une chevalière.
Elle semblait en or et un gros caillou y était incrusté.
En nettoyant la chevalière sur son blouson, il jeta un coup d’œil aux autres traqueurs, mais personne n’avait remarqué son manège. Tant mieux car il n’était pas partageur.
Une fois la bague débarrassée du plus gros de la crasse qui la recouvrait, il la fit disparaître dans sa poche en se réjouissant d’avance du nombre de chopes qu’il pourra s’offrir au troquet du coin avec l’argent de la revente du bijou.
Il ne doutait pas qu’il tirerait bien cinquante euros de sa trouvaille, peut être même soixante, ignorant que la chevalière de Henri était transmise de père en fils depuis quatre générations et que le brillant qui l’ornait valait à lui seul plusieurs dizaine de fois ce qu’il comptait en tirer.
Il explora les restes du sanglier de la pointe de son couteau, espérant trouver encore l’un ou l’autre bijou mais du ce satisfaire de son butin.
Début juin de l’année suivante, Isabelle se mariait avec le collègue de bureau de Henri. Ils avaient fait plus amples connaissance à l’enterrement de Henri et ne s’étaient plus quittés depuis.
Il paraît que le traqueur qui trouva la chevalière de Henri fêta un peu trop le pactole qu’il put tirer de la revente du bijou, étonné qu’il était que l’acheteur lui donna les deux cents euro qu’il demanda, en prévision de tractations acharnée.
Il enroula sa voiture autour d’un arbre en rentrant chez lui, tard dans la nuit et fut tué sur le coup.
Ainsi va la vie… paraît-il..
11:52 Écrit par Patrick dans littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : litterature, nouvelle
15.02.2007
Le bûcheron amateur - Part VI
Sixième partie.
Le mardi suivant, Isabelle, la petite amie d’Henri, toujours furieuse de s’être fait posé un lapin mais néanmoins inquiète de ne pas avoir reçu de mot d’excuse et ne pouvant contacter que la messagerie d’Henry, se décida à appeler un collègue de bureau de Henri, qu'elle avait rencontré en sa compagnie.
Quand celui ci lui répondit que lui, ainsi que son employeur, étaient sans nouvelles de Henri et qu’il n’avait ni appelé, ni envoyé de certificat médical, Isabelle était certaine qu’il était arrivé quelque chose de grave.
Morte d’inquiétude, elle se rendit aussitôt au bureau de police du village où habite Henri et expliqua la situation au seul policier présent.
Devant la mine grave d’Isabelle, l’agent ne prit pas l’affaire à la légère et se rendit aussitôt au domicile d’Henri.
Après avoir sonné à la porte, sans réponse, il procéda à une rapide enquête chez les voisins et appris rapidement que Henri était parti dimanche vers huit heures à bord de sa petit voiture 4x4, celle qu’il n’utilisait que pour aller au bois.
Dés qu’il apprit cela, l’inquiétude creusa le visage du policier. Bien qu’ils étaient rarement fatals, les accidents dans les bois étaient assez fréquents, surtout chez les bûcherons amateurs.
Aussitôt il prit contact par radio avec les gardes forestiers. Un d’eux se rendit à la maison communale où il alla consulter les registres où étaient consignés les lots de bois et les noms des acheteurs tandis que les autres se dispersèrent en foret.
Bientôt le premier garde forestier transmit aux autres où se trouvait la parcelle de Henri et à peine un quart d’heure plus tard, le petit 4 x 4 fut repéré au bord d’un chemin encaissé.
Le premier garde arrivé sur les lieux attendit les autres gardes forestiers avant d’entamer les recherches, sous prétextes qu’il était plus sur de chercher à plusieurs personnes, mais la vraie raison était qu’il avait peur de ce qu’il allait trouver.
Ils ne mirent que quelques minutes à trouver Henri, sa tronçonneuse rouge étant visible du chemin.
Il était agenouillé dans une position grotesque, la main toujours coincée dans l’arbre. Avec ses pieds chaussés de grosses bottines à bouts d’acier, sa main droite était d’ailleurs la seule partie de son corps qui était encore intacte.
Le visage avait été déchiqueté, de la main gauche ne subsistait qu’un moignon et le reste du corps était partiellement dévoré par le sanglier qui l’avait tué et ses congénères, par les renards et sans doute par une multitude de rongeurs de toutes races.
Des lambeaux de tissus ensanglantés jonchaient le sol et même le sac d’Henri avait été dévasté et poussé bien plus loin, sans doute par un sanglier venu renifler les restes de nourriture.
Quant a son téléphone portable, qui était tombé du sac, il avait été piétiné par on ne sait quelle bestiole et il traînait au milieu d’une boue mêlée à des excréments de ces sales bestioles.
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14.02.2007
Le bûcheron - art V
Cinquième partie
Henri regardait fixement son sac, s’attendant à un miracle mais aucun ne se produit. Il n’y avait plus que lui, la nuit et le silence.
Silence qui fut bientôt entrecoupés de petits bip-bip qui signalaient que sa batterie était faible. Ça en fut de trop pour Henri qui fondit en larmes.
Il sanglota quelques minutes, la tête posée contre son arbre puis se ressaisit un peu en se disant que ça ne changeait rien si son portable s’éteignait puisqu’il ne pouvait pas l’atteindre.
Il se dit que c’était bête d’avoir gaspillé toute l’essence de sa tronçonneuse, il aurait pu s’en servir pour allumer un petit feu car il commençait à frissonner, et si quelqu’un le cherchait, il serait visible de bien plus loin. Mais il se souvint qu’il n’avait sur lui ni allumettes, ni briquet puisque il ne fumait pas, donc pas de feu.
Il posa sa joue contre l’écorce lisse du bouleau, il était épuisé, physiquement et psychologiquement. Il tentait de trouver un moyen de se délivrer mais se sentait incapable de réfléchir à autre chose que sa malchance.
La lune se levait, pleine et ronde comme une bonne fermière, arrosant les bois d’une lumière froide et donnant un aspect sinistre à tout ce qui l’entourait. Même son sac contenant le portable ressemblait à présent à une bête qui, tapie dans la pénombre, attendait qu’il s’assoupisse pour venir le prendre à la gorge.
Henri ricana tout seul des ses idées stupides et déplaça un peu ses fesses qui commençaient à s’ankyloser à cause du froid et de l’immobilité. Il trouva une meilleure position en s’asseyant avec l’arbre entre les jambes, il posa sa joue contre l’écorce et se mit à chantonner des chanson des années ’60. Une chanson de Paul Anka pensait il, sans en être sur.
Il ricana du fait qu’il se creusait la mémoire pour un détail aussi futile.
Peu à peu il s’assoupit. Il ne savait pas depuis combien de temps il somnolait quand il se rendit compte que les petits bruits qu’il entendait étaient bien réels et non pas issu de son rêve.
Les pas légers et rapides s’interrompaient fréquemment pour reprendre aussitôt.
- Des enfants, se dit Henri dont le cœur c’était mit a battre la chamade, ce sont des scouts qui font un jeu de nuit.
Aussitôt il se mit à crier
- Au secours, venez m’aider. Les enfants, je suis là, je suis prisonnier !! S’égosilla t il.
Il tendit l’oreille. Plus de pas ! Il n’avait pourtant pas rêvé, ou si ? Et pourtant si dit il, nous sommes dimanche soir, demain les enfants ont cours, comment peut il y avoir des enfants qui jouent dehors maintenant !
Il resta prostré quelques minutes, tous les sens aux aguets. Le silence était oppressant et lourd comme une dalle en béton.
Puis tout à coup les pas reprirent. Henri se redressa autant que le permettait sa main coincée et tendit le cou à s’en faire craquer les vertèbres.
Malgré le clair de lune il ne voyait personne, bien que les pas approchaient.
Puis tout à coup une masse sombre se découpa dans la pénombre. Henri senti le sang se glacer dans ses veines, ce qu’il prenait pour un boy-scout était un énorme sanglier.
Il avançait lentement, le groin à raz du sol, s’arrêtant de temps en temps pour manger ce qu’il trouvait à son goût mais ne quittait pas Henri des yeux.
C’était un vieux mâle solitaire qui boitillait un peu, sans doute le souvenir d’un coup de fusil récolté lors d’une chasse.
Le groin toujours au raz du sol, qu’il ne cessait de renifler, il s’approchait lentement de Henri.
Celui ci se mit à tirer frénétiquement sur sa main coincée dans la fente de l’arbre en poussant une longue plainte qui se termina dans un râle. La peur surmontait la douleur lancinante de sa main et de son épaule démise.
D’habitude il n’avait pas peur du gibier, mais là il était seul, blessé, épuisé et sans possibilité de fuite.
Pourtant il parvint a retrouver son calme, bien que sa respiration était toujours très rapide et il parvenait à nouveau a réfléchir.
Le sanglier était tout près à présent et reniflait le sang qui avait coulé et séché le long du bras emprisonné d’Henri.
Henri poussa un hurlement qui fit reculer le sanglier d’un mètre ou deux. Lorsqu’il s’approcha une nouvelle fois, Henri poussa un nouveau cri mais l’animal recula moins et la suivante, il ne bougea pratiquement pas, ayant vite compris que ce cri ne pouvait lui faire de mal.
Lentement Henri tendit alors son bras valide vers le bout de bois dont il s’était servi tout à l’heure pour tenter de se dégager, il le passa derrière son épaule puis le rabattit de toute ses forces sur le groin de son indésirable compagnon.
Le sanglier poussa un grand « grouiiiiiik » en reculant, secoua la tête puis chargea pour donner un coup de boutoir.
Une dent pénétra la gorge sectionnant la veine jugulaire.
La dernière pensée d’Henri fut « quelle connerie ! » et il s’affaissa dans un gargouillis.
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13.02.2007
Le bûcheron amateur - Part IV
Quatrième partie
Cette fois le soleil descendait plus vite derrière les arbres et il ne tarderait pas à faire nuit.
Il semblait à Henri que le soleil percutait la planète, là-bas, derrière les arbres embrasant le ciel et le dessous des nuages de feu rouge, pourpre et presque mauve.
En temps normal, une telle beauté aurait ému notre bûcheron amateur mais en ce moment seul la pensée de rester seul dans ce bois le taraudait.
Son portable se remit à sonner dans son sac, là-bas, à quelques mètres. Sept ou huit sonneries, Henri ne se souvenait plus du nombre qu’il avait décidé avant que le répondeur ne prenne la relève. Quelques minutes passèrent puis la sonnerie repris, « La Cucaracha » !! Quelle idée stupide d’avoir choisi cette sonnerie se dit-il.
A chaque fois que la sonnerie s’interrompait, le silence retombait comme un couvercle de cercueil, lourd et oppressant.
Plus rien ne bougeait dans ce bois sur lequel la nuit achevait de s’installer.
Tout à coup, au loin, un bruit de moteur. Sans doute un autre bûcheron qui rentrait en charriant une remorque de bois coupé.
Henri se mit à hurler au secours. Il s’égosilla une longue minute puis se tu et écouta. Le bruit de tracteur s’était rapproché mais n’avait pas ralenti.
- Ce con ne m’entend pas s’exclama t il à haute voix et il se remit à hurler à haute voix jusqu’à ce qu’il ne sorte plus qu’un son rauque de sa gorge.
A ce moment il songea a nouveau à sa tronçonneuse. Il glissa aussitôt son pied dans la poignée, bloqua la gâchette et tira la ficelle. Comme tout à l’heure, la machine démarra au premier coup.
Le chauffeur du tracteur trouverait certainement insolite que quelqu’un travaille encore dans cette pénombre et pour en être sur il donnait de furieux coup de gaz. Il coupa le moteur de sa machine et écouta. Le tracteur était plus proche encore mais n’avait toujours pas ralenti.
Henri relança aussitôt le moteur de sa machine et cette fois donnait des coups de gaz dans un ordre bien régulier, trois coups brefs, trois coups longs, trois coups brefs. S.O.S. !
Mais Henri doutait que ce « bouseux » connaisse le morse. Quoi que, s’il a un certain âge, il a du faire son service militaire et connaître les rudiments du morse.
Il continua à lancer son SOS à grands coups de gaz jusqu’à ce que la machine s’arrête, après quelques toussotements.
Panne d’essence.
Henri tendit à nouveau l’oreille mais, cette fois, le tracteur s’éloignait. Le conducteur ne devait pas connaître le morse, à moins que le moteur du tracteur a couvert celui de la tronçonneuse, tout simplement.
Anéanti, il s’assit dans les feuilles mortes et humides se disant qu’il devait faire une posture bizarre avec cette main coincée dans cet arbre.
Son portable se remit à sonner. Henri était certain que c’était sa petite amie, d’ailleurs il lui semblait que la sonnerie était plus nerveuse. Quel heure pouvait il bien être à présent ? Peut être était elle déjà devant la porte et se demandait pourquoi je n’étais pas là. Sans doute va t elle prévenir la police et vont ils entamer des recherches. Est-ce qu’il lui avait dit qu’il passait sa journée au bois ? Il en était presque sur. Presque…
Pendant pratiquement une demi heure le portable sonna à intervalles réguliers puis cessa.
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11.02.2007
Le bûcheron amateur - Part II
Deuxième partie
Henri hésitait à s’attaquer à un dernier arbre. Ce soir sa nouvelle petite amie, Isabelle, venait dîner chez lui et il avait intérêt à être en forme. Il avait l’intention de sortir le grand jeu avec les bougies, lumières tamisées et tout le toutim et de donner l’estocade avec le coup du feu ouvert.
Finalement il décida de couper un dernier gros bouleau, une haute boule comme on les appelait dans cette contrée, car au du siècle, on taillait dans la base du tronc, une boule de bois qui servait dans les jeux de quilles.
L’arbre penchait un peu du mauvais côté et il aurait aimé le redresser afin de ne pas avoir une trop longue distance a parcourir pour mettre ses bûches sur le tas et aussi l’empêcher de tomber contre d’autres arbres, ce qui aurait rendu le débitage bien plus difficile.
Il découpa donc un quartier dans l’arbre, du côté qu’il voulait le faire tomber puis entama l’autre côté d’un large coup de tronçonneuse et y inséra un de ses coins d’acier qu’il enfonça à grands coups de merlin afin de le faire pencher du côté désiré.
Mauvaise idée, le coin se coinça dans la fissure. En poussant un gros juron à haute voix, il alla chercher son deuxième coin et recommença l’opération pour en arriver au même résultat, le deuxième coin se bloqua également.
Il se mit alors à tapoter les coins du bout de son merlin afin de les décoincer. Un des deux coins bougeait un peu mais pas suffisamment rapidement pour Henri qui commençait à s’énerver passablement.
Faisant fi de toutes mesures de sécurité, il plongeât la main dans la fente et agrippa le coin à pleine main. C’est à ce moment que dans un petit craquement sinistre, l’arbre vacilla de quelques centimètres emprisonnant la main de Henri dans l’interstice.
Henri poussa un hurlement de douleur puis resta la bouche grande ouverte alors que plus un son n’en sortait. Il venait de se rendre compte qu’il souffrait à peine et qu’il avait hurlé plus de panique que de mal.
Il tira sur sa main et poussa à nouveau un cri, cette fois réellement de douleur car, en tirant de cette manière, il s’enfonçait des échardes dans la peau. De plus, il comprit rapidement qu’il n’arriverait jamais à dégager sa main de cette manière.
Il s’arc-bouta contre le tronc et poussa de toutes ces forces avec son épaule gauche contre le tronc pour tenter de le pousser du coté opposé afin que la fente s’écarte un peu et lui laisse se dégager.
Si la cime vacillait un peu, il ne pouvait donner suffisamment de force pour bouger la base..
Dans un mouvement de découragement, Henri s’assit à côté de l’arbre en poussant un juron qui aurait fait rougir un charretier.
« Et bien, je ne suis pas dans la m… » se dit-il, je ne serais jamais à l’heure à la maison pour accueillir ma dulcinée.
Il jeta un coup d’œil autour de lui, cherchant un morceau de bois assez solide pour faire levier et délivrer sa main.
En s’étendant au maximum, il parvient à attraper, du bout des doigts, un morceau de bois mort. Aussitôt il l’enserra dans la fente et poussa vers le bas en y mettant tout son poids, mais au lieu de libérer sa main, ce fut le bout de bois qui émit un craquement semblable à celui d’un os qui se brise.
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10.02.2007
Chronique de la foret - Le bûcheron amateur.
Une nouvelle, que je posterais en 7 parties.
Merci à ceux qui la liront jusqu'au bout et me donnerons leur avis.
Premiere partie.
Henri se releva, en se tenant les reins des deux mains. Il était au bois depuis huit heure trente ce matin, avait déjà coupé, refendu et rangé pas mal de bûches et la fatigue commençait à se faire sentir.
Henri aimait couper lui même son bois de chauffage, il disait que ça joint l’utile à l’agréable car ça lui faisait faire de l’exercice et prendre un bon bol d’air pur au milieu de le foret, sauf quand il avalait les gaz d’échappements de sa tronçonneuse, et ça lui procurait un combustible peu coûteux. Il s’amusait à répéter la même blague éculée : que, en se chauffant au bois, il avait trois fois chaud ; en le coupant, en le rangeant et en le brûlant.
Il savait que cette blague était usée jusqu’à la corde mais s’entêtait a la raconter encore et encore, par plaisir de voir les gens se forcer à rires poliment a cette blague tout en sachant que ça les agaçait au plus haut point.
En fait, Henri avait un joli poêle au bois enserré dans l’ancien feu ouvert, une cassette qu’on appelait ça, et quand il ramenait une fiancée à la maison, il relevait la vitre escamotable et installait un plaid devant les bûches qui rougeoyaient dans l’âtre. Il pensait que ça ajoutait une touche romantique.
Plus terre à terre, quand le vent se levait dans sa région, sa maison étant retirée et en bordure de forêt, les lignes électriques se rompaient fréquemment et occasionnaient des coupures de courant. Sa cuisinière électrique étant alors hors d’usage, il se faisait cuire une grosse omelette dans une poêle posée directement sur les braises et quand celle-ci était presque cuite, il ajoutait une conserve de haricots à la sauce tomate et mangeait le tout à même la poêle à l’aide d’une cuillère en bois en s’imaginant être retourné au temps du Far West.
Parfois aussi il se faisait une soirée à la « Autant en emporte le vent » comme il les nommait : il traînait son vieux fauteuil de cuir devant le poêle dont il avait escamoté la vitre, prenait un bon bouquin, un verre de cognac âgé et s’installait confortablement pour s’endormir quelques minutes après avoir terminé son verre t lu à peine quelques pages.
Donc chaque année, il achetait une ou deux parts de bois à couper et passait quelques dimanches à jouer au bûcheron amateur.
D’un revers de manche il épongea la sueur de son front en regardant le soleil blanc de novembre qui commençait à se cacher derrière la cime des arbres. Il regarda sa montre, il n’était que seize heures.
Henri recommença à pester contre les changements d’heure. Heure d’été, heure d’hiver, il ne savait plus laquelle était la bonne et il s’en fichait, ce qui l’énervait, c’était le changement. Il s’accorda quelques minutes de repos, accroupis et adossé à son tas de bois. Il versa le fond de sa bouteille Thermos dans son gobelet en plastique et fit une grimace en avalant le reste de café presque froid et dont le goût avait un peu tourné. Il fouilla encore son sac à la recherche d’un dernier sandwich et fit une nouvelle fois la grimace car ne trouva plus qu’une banane noircie et à moitié écrasée.
En avalant ce qu’il pu sauvé de sa banane il observa deux buses en train de planer très haut dans le ciel en poussant leur cri plaintif. Henri attendit qu’elles fondent sur une malheureuse proie mais elles n’en firent rien et continuèrent à planer tranquillement. Alors il ferma les yeux pour profiter pleinement du silence et se laissa caresser le visage par les rayons de soleil, à peine tiède.
C’était un des moments de bonheur dont Henri raffolait. Le calme et la quiétude semblaient le pénétrer par tous les pores de la peau et il se sentait bien.
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27.01.2007
Madame Angèle Suite et fin
Cette fois elle longea le petit square et passa une nouvelle fois devant Charles. La posture bizarre du vieil homme attira la curiosité de Madame Angèle.
Celui ci avait laissé choir son journal sur ses genoux, un bras pendait le long de son corps, la main de l’autre bras était posée sur le journal et tremblait très fort, tapotant le journal du bout de ses doigts.
La tête de Charles, dont le visage avait pris un teint verdâtre avait roulé de côté et les yeux étaient révulsés tandis qu’un fin filet de bave pendait à son menton et oscillait légèrement sous l’effet de la brise matinale et sa casquette sans pompon était à la limite de glisser de sa tête.
Le regard d’Angèle se mit à briller intensément derrière sa voilette et un méchant rictus lui déforma la bouche durant un bref instant. Elle ralentit le pas quelques secondes, à peine le temps d’analyser la situation puis, après avoir jeté un bref coup d’œil autour d’elle pour s’assurer que personne d’autre n’avait remarqué le triste état de Charles.
Ce n’était pas la bande de garnements qui jouaient sur leurs affreuses planches à roulettes au bout du square qui auraient prété attention à un petit vieux qui se tenait tout de guingois sur son banc.
Elle hâta le pas pour rentrer avant qu’une autre personne ne passe trop près et remarque le triste état de Charles et ne se mêle de son destin.
Arrivé au bas de son immeuble, elle s’empressa d’ouvrir et de grimper dans son appartement, petit mais cossu, qui se trouvait au premier étage.
Là, elle jeta son cabas au pieds de l’armoire à provisions de sa petit cuisine, la baguette de pain et la tarte sur la table et en criant à son poisson rouge sans nom qu’il devra attendre un peu après son dîner elle se dirigea vers un petit cagibi qui ressemblait fort à un placard à balais. Elle y échangea son manteau et son chapeau a voilette contre une longue cape noire munie d’une grande capuche et son parapluie contre une faux.
Elle se dirigea d’un pas alerte vers la porte d’entrée en chantonnant « Et hop, au boulot, Charles, me voilà »
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26.01.2007
Madame Angèle- Part IV
Elle déambulât dans les rayons du supermarché, sortant des articles de leur emplacement pour les examiner sous toutes les coutures, contrôler la date de fraîcheur pour ensuite les remettre au rayon, sauf si la date n’était plus bonne, dans quel cas elle allait sermonner le gérant du magasin.
Elle allait visiter le rayon surgelé qu’elle détestait presque autant que celui des viandes préemballées qu’elle examinait sans les toucher et en retroussant le nez d’un air dégoutté. Ensuite Madame Angèle continuait sa petite visite par le rayon des cosmétiques et se parfumait abondamment à l’aide des multiples testeurs mis à la disposition des belles du quartier, qui désiraient essayer les nouveautés.
Bizarrement, ce mélange de différents parfums et eaux de toilettes qui, sur n’importe quelle personne se sentirait à des dizaines de mètres n’avait absolument aucun effet sur Madame Angèle qui gardait une odeur étrange qui rappelait un peu l’odeur des cryptes humides mélangée à une pointe de soufre, peut-être aussi une petite odeur de charogne, qui faisait dire aux mauvaises langues du quartier qu’elle se promenait avec des souris crevées dans les poches, mais de loin car tout le monde craignait un peu Madame Angèle, sans trop bien savoir pourquoi.
Elle alla chercher un petit pot de nourriture pour son poisson rouge, qui n’avait pas de nom car à quoi bon donner un nom à un poisson ? Jamais il ne viendra sur mes genoux si je l’appelle se répétait elle chaque jour !
Ensuite elle passa acheter un kilo de sucre scié. Elle se remit à grommeler de plus belle. Dans le temps on pouvait acheter la quantité de sucre dont on avait besoin. L’épicier avait un gros bloc de sucre et en cassait des morceaux avec un pic. Pendant ce temps là, les mégères faisaient la file et racontaient des ragots sur les gens du quartier.
C’est de là que vient l’expression « casser du sucre sur le dos de quelqu’un !! »
Ce n’était pas bien chrétien, (chrétien, rien que le mot la faisait rire), mais au moins de cette façon Angèle savait elle ce qui se passait chez les gens et si quelqu’un n’était plus en très bonne santé, ça l’aidait pour établir son emploi du temps. Maintenant on appelle ça « son planning » pensa t elle agacée.
Madame Angèle termina sa promenade, comme chaque jour, par le rayon boulangerie, juste pour le plaisir de montrer sa baguette de pain à la responsable du rayon en lui disant que « ça » c’était du bon pain et que jamais elle n’achèterais du pain dans une grande surface, semblant oublier que quelques minutes plus tôt, en sortant de la boulangerie, elle pestait contre la qualité de ce même pain.
Enfin elle passa à la caisse et multiplia les « s’il vous plait madame » les « merci madame » agrémenté de son plus beau sourire dans le seul but d’agacer l’hôtesse de caisse, une dame sans âge, aux traits tirés et mal coiffée qui lui répondit par des grognements.
Notre vielle dame repoussa le sac plastic d’un revers de la main, enfourna ses articles dans son vieux cabas et prit le chemin du retour.
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25.01.2007
Madame Angèle Part III
C’était au temps où tout le monde avait du travail et pratiquement chaque immeuble de la rue qu’Angèle descendait abritait un petit commerce. Il y avait des épiceries tout les cinquante mètres, autant de boucheries et de boulangeries, aussi des merceries où on pouvait trouver des millions de boutons de toutes les couleurs et des fermetures éclairs de toutes les longueurs, ainsi que des coudières et des genouillères en cuir. A cette époque là, il n’était pas question de jeter un vêtement avant qu’il ne soit usé jusqu’à la corde.
Madame Angèle se souvient très bien de tous ces commerces. Et puis ils ont été fermé l’un après l’autre ou remplacé par d’autres types de commerces.
Là où on loue maintenant des cassettes ou des « dévédés » se trouvait une quincaillerie où les clous se vendaient au poids. Là se trouvait un petit atelier de couture qui, après la guerre, fut transformé en cinéma de quartier et maintenant en solderie. Là, où se trouvait une boucherie où on pouvait trouver les meilleures rillettes de toute la ville se trouve un marchand d’ordinateurs et là où il y avait une corsetière se trouve maintenant un magasin qui vend des machines à faire la lessive, des machines à faire la vaisselle, des machine à sécher le linge, des machines à moudre le café, à faire la café et sans doute bientôt a boire la café se disait souvent Madame Angèle.
La majorité de ces changements c’est fait après la guerre, la deuxième évidemment, pas la première, la belle, la « grande » guerre ! Non, tout cela c’est passé après la seconde guerre mondiale, celle de 39-45. Mais tout compte fait, elle n’était pas si moche, celle de ’40 par rapport aux petites gué-guères de maintenant.
Aaaah, les guerres, car Angèle en a connu quelques unes. Epoque magique et prospère, il y a bien trop longtemps que la dernière est terminée. A la pensée de celle de 14-18, sa préférée, ses yeux s’embuèrent de nostalgie mais elle repris rapidement ses esprits et poussa la porte de la boulangerie.
Elle commanda un baguette de pain et une tarte au sucre, la seule gourmandise qu’elle s’autorisait de temps à autre et sorti de la boulangerie en tâtant sa baguette de pain et en grommelant que le pain était bien meilleur « dans le temps » quand le boulanger se levait la nuit pour pétrir et cuir lui même son pain.
Maintenant ce n’était plus que des vendeurs qui n’étaient pas capable de différencier un de seigle d’un pain d’épeautre.
Elle progressa, toujours à petit pas, vers le supermarché au coin de la rue. Quelle horreur que ces magasins anonymes ou les bonjour, au revoir et les sourires semblent proscrits. Pourtant on leur passait de la musique toute la journée, ça devait les mettre de bonne humeur.
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22.01.2007
Madame Angèle
Petite histoire que je posterais en cinq épisodes, de façon à ce que vous n'ayez pas à fatiguer vos jolies petites mirettes en lisant tout en une seule fois...
Madame Angèle descendait, à petits pas, la rue trop pentue pour son grand âge. Le soleil montrait le bout de son nez mais la pluie n’avait cessé de tomber de toute la nuit et les dalles de trottoir luisaient d’humidité sous le soleil et pouvaient être glissantes, mieux valait être prudente.
L’allée qu’elle longeait était bordée de parterres fleuris et une bonne odeur de terre mouillée embaumait l’air.
La vieille dame était vêtue comme à l’accoutumée, d’un tricot noir, d’une jupe droite noire passée au dessus de gros bas noir, peut être un peu trop grand pour elle car ils lui retombaient en accordéon sur les jambes. Par dessus les bas elle enfilait une paire de grosses chaussettes en laine dont elle retournait le haut sur ces gros godillots en cuir usé qui semblaient peser plusieurs kilos chacun.
Elle portait un manteau en laine, noir lui aussi, dont les boutons étaient grands comme des soucoupes et portait sur la tête un bibi orné de fleurettes qui furent roses autrefois et de deux cerises. C’était d’ailleurs la seule touche de couleur de tout l’habillement d’Angèle.
Du chapeau pendait un petite voilette qui lui chatouillait sans cesse l’arrête du nez qu’elle avait en bec d’aigle et qu’elle se grattait sans cesse.
Ses vêtements noirs laissaient croire au voisinage qu’elle était en deuil, bien que personne, mêmes parmi les aînés du quartier, ne lui avait connu de mari.
Angèle était toujours « propre sur elle » mais on ne pouvait pas vraiment la qualifier de coquette mais plutôt d’austère..
A la main elle tenait un grand parapluie, datant d’un autre âge, qu’elle emportait par tous les temps et lui servait autant de canne que de protection contre la pluie et dans à l’autre main elle tenait un vieux cabas en simili cuir tout râpé destiné à recueillir les quelques achats qu’elle allait faire ce matin.
Angèle avait en horreur ces sacs en plastiques qu’on distribuait généreusement dans tous les commerces, depuis qu’elle avait vu à la télévision qu’un tel sac pouvait causer la mort d’un cachalot qui le confondait avec une méduse.
La mort des cachalots n’était pas de son rayon et depuis elle n’oubliait jamais de prendre son cabas quand elle allait faire des courses.
... à suivre...
09:50 Écrit par Patrick dans littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : litterature, nouvelle, art
06.01.2007
Mémoires d'une pierre.
Petite pierre rose et brune, marbrée de blanc, lissée par les eaux vives qui la caresse depuis longtemps, oh combien longtemps, voit passer tranquillement les années au travers le courant limpide et froid de ce joli torrent.
Jamais pierre ne s’ennuie car au fil des saisons le gargouillis et clapotis changent, comme une musique au fil des modes.
En été, le faible débit est à peine un murmure, comme une jolie musique classique qui roucoule à l’oreille, vous assoupis, se mêle à la chaleur pour vous enfoncer dans une douce torpeur.
A la fin de l’été, avec les premières pluies, la musique se transforme en Boléro de Ravel, plus soutenu, plus rythmé.
Durant l’hiver, la musique ressemble à une jolie fanfare tandis qu’au printemps, avec les pluies qui se mêle la fonte des neiges, c’est un festival de rock.
Les habits du paysage change aussi, lentement au fil des semaines. Le joli printemps et son costume vert tendre, ses fleurettes qui pétillent un peu de partout, les truites de rivière qui frayent et viennent me chatouiller de leurs nageoires.
Les bergers qui entament la transhumance passent avec troupeau de moutons et de chèvres, parfois un agneau tout nouvellement né chargé sur leurs épaules. Puis viennent les jolies vaches, un peu amaigries par ce long hiver à l’étable.
Elles sont attendrissantes avec leurs immenses yeux doux bordés de longs cils, mais parfois un peu bruyantes à cause de ces immenses cloches qu’elles portent autour du cou.
L’été est plus calme, si ce n’est que quelques promeneurs déguisés en montagnard de pacotille accompagnés de leur chien d’appartement…
Aaah elle est bien loin la belle époque des saint-bernards qui vagabondaient avec leur tonnelet de rhum autour du cou à la recherche de randonneurs à secourir. A présent, il n’y a plus que des chiens miniatures comme celui de la semaine dernière qui a faillit se noyer dans quinze centimètres d’eau.
Cela ne risquait pas d’arriver à ce saint-bernard qui, un jour, il y a quinze ou vingt ans, mais que sont vingt années pour une pierre, est venu se désaltérer à l’eau du torrent, à quelques centimètres de pierre et qui l’avait regardé de ses grands yeux tristes bordés de rouge.
L’été s’étire lentement, l’eau du torrent est au plus bas et pierre émerge même de quelques centimètres, lui laissant le loisir d’admirer quelques edelweiss qui fleurissent au bord du torrent au milieu de quelques cailloux.
Puis vient l’automne, le berger repasse avec son troupeau, redescendant dans la vallée pour rentrer moutons et chèvres à la bergerie et les vaches à l’étable.
Les feuilles des quelques arbres se trouvant le long du cours d’eau commencent à s’embraser d’un rouge lie de vin pour jaunir ensuite et bientôt s’envoler, brunes et sèches, dans la brume par un matin frais.
Les pluies augmentent, faisant gonfler les eaux du torrent et bientôt elles sont remplacées par les premières neiges. Très vite le flan de la montagne se couvre d’un épais tapis blanc et entre en léthargie pour de longs mois. C’est tout juste si pierre aperçoit un bouquetin ou un chamois qui tente de trouver quelques pousses vertes qui dépasseraient du manteau blanc ou un renard, revêtu de son pelage d’hiver ayant reniflé l’un ou l’autre rongeur égaré.
Sinon rien. Que le vent qui balaie la neige en se plaignant.
Puis revient le printemps, très pluvieux cette année. Les pluies mêlées à la fonte des neiges ont fait gonfler le torrent plus fort que de coutume.
Les eaux bouillonnent, en colère d’être si serrée dans ce lit trop étroit et semblent pressées de le quitter pour se jeter dans le fleuve, là-bas dans la vallée.
Dans leur empressement, les eaux emportent même pierre.
Oh, pas bien loin, juste sur quelques mètres et elle ne s’en émeut pas, ce n’est pas la première fois que pierre est emportée par la colère des eaux. Cependant, cette fois là, pierre regrettait de bouger car elle ne verrait plus fleurir les edelweiss cet été. Mais sans doute y aura t il un autre événement qui viendra la distraire, cette année, ou la suivante ou celle d’après.
08:12 Écrit par Patrick dans littérature | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : litterature, nouvelle
04.11.2006
les arbres amoureux
A la croisée de deux chemins forestiers se dressait un chêne de plusieurs fois dix ans.
C’était un arbre fort et fier qui dominait les autres d’une cime et se plaisait beaucoup à l’angle de ces deux chemins partiellement envahi par les herbes folles et les fougères.
Encaissés et impraticables, personnes ne les empruntaient si ce n’est ces magnifiques chevaux de trait qui passait de temps à autre en charriant un tronc.
L’endroit était beau et paisible, tout simplement. Quelle que soit la saison, il donnait une impression de bien-être.
Au pied de ce beau chêne un peu prétentieux avait pris racine un petit hêtre tout frêle et tout menu.
Protégé du vent par ce chêne au tronc large et bénéficiant de suffisamment de lumière grâce au croisement des deux chemins, le petit hêtre croissait rapidement.
Voulant témoigner sa reconnaissance à son protecteur un peu plus âgé que lui, le hêtre enlaça tendrement le chêne et au fil des années, il grandit en s’entortillant autour de son tronc.
Le chêne peu habitué aux démonstrations de tendresse, voire d’amour tenta, sans beaucoup de conviction, de décoller ce courtisant en se secouant un peu à l’aide du vent et puis il s’habitua rapidement à cette gentille compagnie.
Les années passèrent, saison après saison et notre hêtre avait pris beaucoup de force et de hauteur malgré que son tronc pousse en spirale tout au tour son protecteur, tuteur, ami ou amant, nul ne le savait dans la forêt et finalement, qui s’en préoccupait ?? Le couple n’ennuyait ni ne gênait personne et, enlacés comme ils étaient, ils semblaient former un bloc dur et solide qui, personne ne sait pourquoi, rassurait un peu le reste de la forêt.
Le couple d’arbres n’ennuyait personne ? C’était compter sans ce gros bourru de garde forestier prénommé Hyppolite et surnommé hypocrite par les quelques personne qui le côtoyait, par obligation car le garde forestier n’avait aucun ami.
Ce vieil aigri n’avait jamais vu les deux arbres enlacés pour la bonne raison qu’il ne déambulait que le dos courbé, les mains profondément enfoncées dans ces poches et le regard fixé sur le bout de ses vieilles bottines boueuses.
Il ne cessait de grommeler après le monde entier qui semblait lui en vouloir et un vieux mégot jauni et malodorant collé à sa lèvre inférieure ne cessait de gigoter dans tous les sens.
Ce jour là, alors qu’il effectuait ce qu’il appelait une tournée d’inspection, c’est à dire qu’il inspectait le bout de ses vieilles chaussures, en grommelant sur les gens qu’il était forcé de côtoyer et qui étaient tous beaucoup moins intelligent que lui, évidemment.
Il arriva à hauteur du croisement où vivaient nos deux arbres, décidant que ces gens avaient bien de la chance, que lui, Hyppolite, veuille bien travailler pour eux quand éclata une violente dispute entre des pies qui avaient élu domicile tout en haut de notre chêne. Le vieux garde chasse s’arrêta, en grommelant plus fort qu’à l'accoutumée après ces vandales qui avaient osé interrompre ses savantes réflexions. Il se pencha en arrière, faisant tomber son chapeau de feutre qui jadis a été vert mais dont la couleur était maintenant indéfinie, dans un flaque d’eau boueuse, ce qui provoqua un juron du meilleur cru.
Il ramassa son chapeau dégoulinant et se pencha à nouveau en arrière afin d’identifier les auteurs du vacarme, mais son geste s’arrêta à mi-chemin sur les deux tronc enlacés.
Il resta de longues secondes, interdit, à regarder ses deux arbres tendrement enlacés, se demandant s’il devait croire ses yeux ou si la double dose de Pecquet qu’il avait pris en pousse café lui donnait des hallucinations.
- Mais… qu’est ce que c’est ?? Mais… comment est ce possible ? Mais… mais…
Il balbutiait tellement qu’il en laissa s’échapper son mégot qui se planta dans la boue qui séchait sur le bout de sa chaussure.
Il tourna plusieurs fois sur lui-même, la tête en l’air pour examiner les autres arbres des environs mais non, heureusement, ce n’était qu’un cas isolé, des révoltés, des marginaux !
- C’est ce que nous allons voir, dit il à haute voix, ça ne se passera pas comme ça. Non mais, qu’est ce que cela veut dire ?? Deux arbres ?? Qui s’aiment ?? En plus pas de la même race ?? Et peut etre même du même sexe ??
- Ce n’est pas correct, s’écria t il, ce n’est pas propre, c’est immoral et qu’est ce ça va donner à l’avenir ? Des arbres de quelle couleur ?? Et peut être que plus tard ils voudront se marier et pourquoi pas adopter des arbrisseaux, tant qu’ils y sont ?
Le problème d’Hyppolite était qu’il n’aimait personne et que personne ne l’aimait. Alors, comment pouvait il y avoir de l’amour dans « son » bois sans son autorisation, qu’il n’aurait pas donné d’ailleurs car l’amour n’était il pas une perte de temps ? Ce qui se passait là sous ces yeux était affreux, impensable car dans son cœur sec, les mots entraide, amitiés et amour étaient totalement inconnu et il devait faire en sorte que cela ne se reproduise pas et pour cela il devait agir et tout de suite.
Il se précipita chez lui et revint aussitôt avec sa belle tronçonneuse. En une bonne demi heure, le hêtre était abattu et débité en morceau d’un mètre. De plus, comme le hêtre était bien entortillé autour du chêne, le garde forestier l’avait tronçonné à même le tronc de celui ci, sans prendre garde de le préserver des terribles dents de la chaîne de la tronçonneuse
Une fois son méfait terminé il examina, avec beaucoup de satisfaction le pauvre hêtre qui gisait là en un tas qui serait rapidement charrié chez le garde pour être mis au séchage et servirait de bois de chauffage dans un an ou deux.
- Comme elles seront belles, les flammes que donnera ce bois en brûlant. Dit il à haute voix en s’adressant au malheureux chêne qui, en quelques minutes, avait perdu toute sa superbe.
Le garde se roula un cigarette toute neuve en regardant, l’œil brillant, les plaies du chênes.
Il coulait tout le long de son tronc, une sorte de sève, c’est en tout ce que pensait Hyppolite, jamais il n’aurait pu imaginer que ce fut des larmes.
Les semaines qui suivirent cet événement, le garde forestier passait presque quotidiennement par ce coin de forêt, question de voir si le mauvais exemple n’avait pas fait d’émules. Il marmonnait toujours autant, le mégot vissé dans sa bouche presque sans lèvres, mais ne regardait plus le bout de ses chaussures. A chaque passage, il s’arrêtait devant le chêne qui semblait dépérir depuis que son ami avait été brutalement assassiné et il ricanait méchamment.
Ce matin là de novembre, Hyppolite partait faire sa ronde dans les bois mais quelque chose le tracassait sans qu’il ne parvienne à définir quoi exactement. Une sorte de brume jaunâtre flottait sur la forêt et il y régnait un silence de mort.
C’était bien la première fois que le garde forestier ne se sentait pas à son aise dans la forêt.
Il arriva devant le pauvre chêne qui, maintenant qu’il avait perdu une partie de ses feuilles, semblait encore plus misérable.
Comme d’habitude, il se planta devant le chêne pour le narguer.
- Et alors cria t il comme à l’accoutumée, comme s’il y avait un nombreux auditoire qui écoutait ces sornettes.
- Te voilà bien minable comme ça, seul et presque nu. Tu fais moins le malin que quand tu faisais des bêtises avec
ami le hêtre. Et je suppose que c’est toi l’auteur de cette ambiance de cimetière ? Crois tu vraiment que cela va m’impressionner ?
Pour tout réponse, le chêne frissonna sur toute sa hauteur. Et à l’aide d’un bon coup de vent qui s’était brusquement levé, et dans un énorme craquement sinistre, il s’abattit d’un seul coup sur l’amer garde forestier.
Hyppolite, la jambe écrabouillée sous le chêne, resta coincé toute la journée a s’égosiller après de l’aide. Mais il était conscient qu’on ne viendrait pas le chercher de sitôt, car fier de son état de garde forestier, il avait interdit l’entrée du bois à tout le monde.
Ce ne fut donc que le lendemain matin qu’un voisin, écoutant son cœur plutôt que sa raison, se décida à signaler son absence et que des recherches furent lancées.
Hyppolite fut vite retrouvé, dégagé de sous le chêne et conduit à l’hôpital. Malheureusement, sa jambe était bien trop abîmée et on du l’amputer.
Il resta de longues semaines à l’hôpital, puis en convalescence et ensuite on lui fit une prothèse à laquelle il du s’habituer encore de longues semaines. Pendant tout ce temps il ne cessa de ruminer sa vengeance. Des centaines de fois il s’imagina de quelle manière il traiterait le chêne qui s’était abattu sur lui et lui avait volé une jambe. Il le réduirait en bûche, en planche, en piquets de bois… même pas, il le réduirait en cure-dent, en copeaux, en sciure qu’il disséminerait dans toute la forêt, même si cela devait lui prendre des mois.
Même la nuit il en rêvait, il se voyait armé d’un tronçonneuse ultra moderne aux dimensions démesurées, équipée d’une chaîne avec des dents de dix centimètres, réduisant ce chêne gigantesque en bois de chauffage en quelques minutes et il se réveillait chaque matin, bavant de satisfaction.
Et puis ce fut le grand jour. Le docteur lui donnait la permission de sortir avec sa prothèse.
Aussitôt il se précipita dans sa chambre à coucher, pris son bas de laine, caché dans une vieille boite à chaussures au dessus de l’imposante garde robe, en extirpa quelques billets de banque et couru en claudiquant chez l’Adrien, le meilleur bûcheron du village.
- Tiens, dit il en lui tendant une jolie somme d’argent. Je te paye pour que tu ailles découper le chêne qui m’a écrasé la jambe. Je veux que tu le découpes en rondelles, en dés, en lamelle. Je veux qu’il n’en reste rien, que de la sciure qui resterait là à moisir. S’écria t il dans sa soif de vengeance.
Son visage haineux faisait peur au bûcheron qui n’avait jamais vu le garde forestier dans cet état et pourtant il savait combien il pouvait être mauvais.
Cela le fit bégayer dans sa réponse.
- Mais, heu, c’est que … balbutia t il.
- Quoi ? Hurla Hippolyte, ce n’est pas suffisant ? Et il ajouta deux ou trois billets tout chiffonnés dans la main du bûcheron.
- Mais non, ce n’est pas une question d’argent, répondit le malheureux bûcheron.
- C’est une question de quoi alors ???
Le bûcheron avait de plus en plus peur, pas du garde, mais peur qu’il ne fasse un arrêt du cœur tellement il était furieux.
Il devait pourtant bien lui dire, à ce maudit garde forestier, que c’était impossible d’aller débiter ce chêne. Ah la la, il fallait bien que ça tombe sur lui !
- Ecoute Hyppolite, je ne peux pas aller découper ton chêne parce que ton chêne n’est plus la !
- Mais comment il n’est plus là ?? Et où pourrait il bien être alors ?
- Le patron d’une scierie trouvait que le bois de ce chêne était de si belle qualité qu’il a proposé au propriétaire de bois de lui acheter.
- Donnes moi le nom de cette scierie, je vais aller racheter le chêne.
Le bûcheron était de moins en moins à l’aise.
- Impossible de le racheter, la scierie l’a déjà revendu !
Le garde forestier était sur le point d’exploser.
- Vendu ? Mais vendu à qui ?
- A un artisan. Souffla le bûcheron.
- Mais bon sang, vas tu enfin me dire clairement ce que cet artisan fait avec mon chêne ??
- Il fabrique des jambes de bois !!
12:17 Écrit par Patrick dans littérature | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : litterature, nouvelle, syrius
11.03.2006
Peut ètre la fin.
Zern1242 manoeuvrait pour poser son appareil interstellaire dans une des cours de cette usine désaffectée de la banlieue industrielle de Charleroi.
Manœuvrer est un bien grand mot car son rôle se limite a inspecter les différents cadrans et voyants. La navette était programmée depuis le départ pour se poser à cet endroit et elle s’y poserait, au centimètre près. Zern ne devrait prendre les commandes de son enfin spatial que si le pilote automatique avait un problème, ce qui ne s’était plus produit depuis des centaines d’années.
Le seul problème que rencontrait le pilote était la poussière et les papiers gras de toutes provenances que faisaient voler les réacteurs de l’engin et qui l’empêchait de voir autour de lui si ne surgissaient pas quelques témoins indésirables.
Mais apparemment il n’y avait dans ces bâtiments en ruines ni squatteurs, ni clochards et encore moins de jeunes désoeuvrés venus se cacher pour partager une bouteille d’alcool bon marché. Et puis même, s’il y avait eu un curieux, il n’aurait pas vécu suffisamment longtemps pour aller raconter ce que les autres auraient pris pour une vision d’ivrogne.
Seul un gros chat de gouttière miteux traînait par là. Zern1242 songea à toute la vermine que devait transporter cet animal et cela le fit frissonner de la tête aux pieds. Dans son monde, il y avait bien longtemps que toute la vermine avait été exterminée et celle qui était nécessaire à la survie de certaines espèces animales avait été remplacée par des espèces manipulées génétiquement et rendues totalement inoffensives.
Zern1242 était un policier de l’espace, en fait son nom est Zer, le « n » signifie qu’il est un mâle et le numéro, tout simplement son numéro de suite dans la famille. Il y a bien des siècles que, sur Zirfon II, la planète d’où vient Zen, on a cessé de donner des prénoms aux habitants.
En fait, ça date même de Zirfon I, la planète originaire des zirfoniens.
A l’époque, les Zirfoniens venaient de passer le cap des 200 milliards d’habitants sur leur planète. Les ressources naturelles étaient sur le point d’être totalement épuisée et l’eau était devenu une matière synthétique rare et donc très coûteuse. Il s’agit bien entendu de l’eau potable car la pluie tombait sans cesse sur Zirfon mais c’était une pluie acide, grasse et huileuse, qui avait peu à peu tout tué sur les terres, dans les cours d’eau et les rivières et peu de temps plus tard dans les mers. Il n’y avait pas d’océans sur cette planète mais des millions de lacs et de mers de petites tailles et toutes d’eau douce… avant de devenir d’acide.
Quant à l’oxygène, nul n’aurait pu survivre plus de dix minutes sur la planète sans son purificateur d’air portable.
L’air était toxique et une multitude de fines particules de poussières flottait. Ces particules, lorsqu’elles étaient inhalées déchiraient les poumons et vous promettaient une mort rapide, certes, mais douloureuse.
C’est en ces temps lointains que Le Cercle des Douze Braves avait décidé d’envoyer des éclaireurs dans l’espace, dans toutes les directions, afin de découvrir une planète qui aurait les mêmes propriétés que Zirfon, la coloniser et l’apprêter à accueillir les habitants de Zirfon avant que ceux ci ne meurent de faim, de soif ou de suffocation.
Zerk498 avait découvert la terre à cette époque. Zerk, dont le k signifie qu’elle est une femelle était une aïeule de zern1242 mais celui ci se souvient de cette époque comme s’il l’avait vécue en personne, grâce à la Mémoire Héréditaire.
Suite à une petite modification génétique, les zirfonien se transmettaient leurs souvenirs et leurs connaissances depuis des centaines de générations.
A cette époque cette planète bleue étaient uniquement peuplée d’une espèce animale primitive, des êtres énormes, dont certains étaient capable de voler, d’autres étaient d’une férocité inouïe mais aucun était doté d’une réelle intelligence mais plutôt d’un instinct qui leur dictait comment se nourrir et de cette manière survivre et bêtement se reproduire, ce qui semblait être les deux seules préoccupations des habitants de cette planète.
Une escouade de zirfonien aurait suffit a exterminer la vie sur cette planète et la rendre accueillante pour leur condisciples si cette Terre n’eut été aussi minuscule. En effet, comment 200 milliards de zirfoniens eurent ils pu tenir sur une planète aussi ridiculement petite ?
La planète fut donc répertoriée dans les planètes de classe C. C’est à dire les planètes ayant une atmosphère à peu près similaire à celle de Zirfon mais peu intéressante à cause de sa taille mais sur laquelle il y avait de la vie !
Elle pouvait cependant servir au cas où, durant un conflit, il avait fallu cacher les membres du Cercle des Douze Braves.
Après avoir localiser la planète dans son ordinateur de bord, Zerk498 s’apprêtait à reprendre les airs lorsqu’elle reçu un appel venant de Zirfon. Une planète avait été découverte. Elle était tellement identique à Zirfon qu’on pouvait la considérer comme jumelle et tous les vaisseaux spatiaux étaient rappelés afin de commencer la colonisation de ZirfonII.
Quelle ne fut pas la surprise de Zerk498 en regagnant sa planète de la découvrir dévastée par une guerre éclair, gagnée par les zirfoniens, certes, mais à quel prix,
Seulement quelques millions de zirfoniens avaient survécus à cette guerre qui par ailleurs, avait achevé de polluer l’atmosphère et pour laquelle avait été utilisé toute la réserve de ressources naturelles.
L’assaillant était une peuplade commerçante connue des zirfoniens et considérée comme amie..
Les longs convois d’engins spatiaux provenant de la planète des assaillants étaient courants et celui ci n’avait pas plus éveillé la méfiance des observateurs de Zirfon que les précédents. Quand ils ce sont rendu compte que le convoi était composé de vaisseaux de guerre maquillés en vaisseaux cargos, il était trop tard !
La raison de cette attaque éclair n’a jamais été connue. Ce ne pouvait être le pillage de leur ressource car celles ci étaient pratiquement épuisées, les assaillants étaient au courant car ils étaient les plus gros fournisseurs en matières diverses, ni le vol de leur technologie car celle de l’assaillant était similaire.
Aucun guerrier ennemi n’ayant pu être interroger, ceux ci avaient été exterminé jusqu’au dernier, la seule raison plausible était que l’attaquant désirait réduire en esclavage une partie de la population de Zirfon.
Quoi qu’il en fût, ce doute poussa Le Cercle des Douze Sage à éditer une série de lois complémentaires à celles qui avaient déjà été votée en prenant possession de leur nouvelle colonie.
Afin de préserver les ressources de leur nouvelle planète, un maximum de deux enfants était toléré par couple. Ce qui voulait dire un seul enfant par personne car il fut décider de modifier génétiquement chaque habitant afin qu’il puisse, seul, qu’il soit mâle ou femelle, concevoir et mettre au monde un enfant. De cette manière, la croissance de la population était sous contrôle. Le nombre d’habitants restait constant mais pouvait être reconstitué plus rapidement en cas de guerre destructrice comme ils venaient d’en vivre, mais il était conseillé de n’avoir recours à la méthode de qu’en cas d’absolue nécessité.
La loi ajoutée en dernier lieu était la plus terrible car elle concernait les planètes habitées.
Toute planète sur laquelle existait de la vie était mise sous surveillance d’une police spéciale de l’espace.
Aussitôt que les habitants de cette planète montraient des activités inquiétantes, de quelle sorte que ce soit, ils seraient exterminés, sans autre forme de procès.
C’est ce qui explique la présence de l’agent spatial Zern1242 en ce mois de janvier sur ce bout de terrain pourri dans cette banlieue industrielle plus pourrie encore.
La patrouille de l’espace passait régulièrement chaque année sur terre dans le courant de la saison chaude, depuis plusieurs milliers d’années.
Plus précisément depuis que les civilisations égyptiennes et aztèques étaient apparues.
Ces civilisations étaient plus structurées que le ramassis de tribus de sauvages qui peuplait la terre depuis des millénaires et qui guerroyaient à coup de bâton ou d’os.
C’est à cette époque, déjà, que la Terre a commencé à inquiéter les observateurs de Zirfon et qu’ils ont ordonné de rapprocher les patrouilles. C’est aussi à cette époque que les vaisseaux spatiaux zirfoniens ont connus leurs derniers avatars.
A plusieurs reprises ils ont du atterrir en catastrophe car ils ne parvenait plus a se détacher de l’attraction terrestre. Les vaisseaux s’élevaient a quelques centaines puis étaient contraint de se poser à nouveau.
Les populations égyptiennes et aztèques considéraient les pilotes comme des dieux. Voir se poser parmi eux ce disque éblouissant et chaud et en voir descendre un être en tenue toute aussi éblouissante suffisait amplement à semer la confusion dans leur esprit et considérer cette apparition comme leur dieu Soleil.
C’est pour ne pas les démentir que les pilotes les avaient aidé à monter leurs pyramides. Rien de plus facile que de soulever ses énormes blocs de pierre avec leur engin spatial et en attendant la rescousse, ils étaient traités avec une véritable vénération.
Depuis cette époque, le cas des terriens préoccupait les zirfoniens. Non seulement leurs armes devenaient plus performantes, la population plus nombreuse et depuis deux siècles la pollution de plus en plus importante.
La population exploitait leurs ressources naturelles comme si elles étaient éternellement renouvelables. Déforestaient à tout de bras, sans ce soucier que leurs énormes forets étaient le poumon de leur planète, empoisonnait l’eau, la terre et le ciel sans nullement se soucier de l’avenir. Cette situation ressemblait dramatiquement à celle de Zirfon, peu de temps avant « La Catastrophe » comme était très justement nommée cette période néfaste.
Les choses se précipitaient encore durant ces dernières années, car après avoir scanné la Terre, les zirfoniens se rendaient compte que la principale ressource de la terre était sur le point d’être épuisée et que rien n’avait été prévu pour remplacer ce qu’ils appelaient le pétrole. Des guerres éclataient de toutes parts, les belligérants menaçaient de recourir aux armes les plus meurtrières que cette planète a connu. La famine et les catastrophes prétendues naturelles ravageaient une grande partie de leur globe. Leurs engins spatiaux allaient de plus en plus loin et plus vite.
Tout cela laissait craindre aux zirfoniens que, comme eux, les terriens allaient bientôt être tenté d’essaimer vers des Terres plus accueillantes que celle qu’ils ont détruit. Et pourquoi pas vers ZirfonII ?
De plus cette race répugnait les zirfoniens car si, comme les terriens, ils avaient épuisé leur planète, jamais, au grand jamais il n’y a eu de zirfonnien qui mourrait de trop manger en regardant un autre qui mourrait de faim. Tout a toujours été partagé entre tous, sans distinction de race, de caste, de grade ou pour n’importe quelle autre raison.
Ils n’avaient non plus jamais réduits d’autres peuplades en esclavage, ni exploité plus faible qu’eux, ni abuser de leurs petits, ni… ni…
Tout cela, ils l’avaient appris en détails grâce ou à cause de la dernière pollution inventée par les terriens.
Celle qui sévissait depuis quelques dizaines d’années et qui était la pollution par les ondes qui émanaient d’appareils bizarres qu’ils appelaient radio, télévision, walkies-talkies et plus récemment encore un petit appareil qu’ils se collaient à l’oreille et qui semblait servir a se parler à distance.
Lez zirfoniens avait d’ailleurs vite appris à décrypter ses ondes bruyantes et de cette manière, cette planète n’avait absolument plus aucun secret pour eux. C’est d’ailleurs de cette manière qu’ils avaient appris par un « documentaire » que les terriens n’avaient toujours pas compris comment les pyramides avaient été bâties !!
Cette fois la Terre avait donc dépasser la limite de ce qui était considéré comme tolérable par les dirigeants de la planète ZirfonII et l’extermination avait été décidée.
Zern1242 avait été dérouté de sa patrouille habituelle pour venir sur terre déposer une bombe au Tranart.
Cette bombe, issue de la toute dernière technologie, était programmée pour tuer chaque individu sur cette planète, sans en oublier un seul et laisser la faune et la flore intact.
Cette arme contient autant de particules qu’il n’y a d’individus à détruire et rester en activité tant qu’elle n’a pas trouvé et détruit sa cible.
La particule trouvait son terrien grâce à quelque chose qu’il portait en lui, qui était d’une blancheur immaculée et d’une infinie légèreté et que les terriens appellent âme.
Zern1242 a bien tenté de convaincre Le Cercle des Douze Braves que tous n’étaient pas mauvais sur cette planète qu’il observait depuis si longtemps. Que beaucoup se dévouaient à combattre la guerre ou la faim dans le monde ou encore combattaient les pollueurs. Certains y consacraient leur vie et même la perdait dans ce combat.
Rien n’y fit, la décision était prise par Le Cercle des Douze Braves et rien ne pouvait plus les en dissuader.
Leur argument était que les terriens ont la méchanceté dans leurs gènes et que tôt ou tard celle ci ressurgira chez un de leurs petits.
Zern1242 du en convenir qu’ils avaient raison. Combien d’humains « biens » n’avaient ils pas donné naissance à de véritables monstres.
Il décida donc de s’acquitter de sa mission et de se hâter à le faire pour quitter cette planète au plus vite.
Le ciel avait pris une couleur bizarre. Il avait toujours atterri sur terre durant la période nommée été et si parfois le ciel n’était pas bleu et qu’il pleuvait, presque de la même manière que sur ZirfonII, cette fois, ça lui semblait étrange.
Le ciel était gris jaunâtre, plombé et lourd et il lui semblait même que ça et là flottaient des petites choses blanches, qui descendaient très lentement du ciel.
Bien que persuadé qu’il ne craignait rien à l’intérieur de son habitacle, Zern1242 ne perdit plus de temps, il déposa sa bombe, mais n’attendit pas qu’elle explose. Il savait qu’il ne risquait rien, que cette bombe ne pouvait en aucun cas faire de mal à un zirfonien et qu’en principe il devait vérifier le bon déroulement de la destruction.
Mais rayer une civilisation de l’espace, aussi mauvaise qu’elle fut, faisait trop de mal à Zern1242, surtout qu’il avait côtoyé de très près cette civilisation, si pas lui, ses aïeuls, qui lui avaient transmis tous leurs souvenirs.
Après avoir jeté un dernier coup d’œil à ces hideux bâtiments en ruine, il enclencha le processus de retour.
L’engin spatial s’arracha à la terre alors que les « choses blanches » semblaient se multiplier et dansaient dans le vent et il s’éleva rapidement au dessus d’épais nuages qui commençaient à se délivrer de leur chargement de neige.
Quand il eut acquit suffisamment d’altitude, le pilote automatique poussa les moteurs à plein régime, alors que la tempête de neige commençait à faire rage dans la triste banlieue industrielle de Charleroi.
Zern1242 estimât qu’il était suffisamment éloigné pour ne plus rien voir de cette triste destruction et pressa le bouton de la télécommande. Sa dernière pensée fut pour ce sale chat qu’il avait vu en arrivant et il déplorait que cette affreuse bestiole pouilleuse échapperait à la destruction.
La bombe, dont il était à présent éloigné de plusieurs milliers de kilomètres explosa silencieusement dans un joli éclair vert eau et détruisit aussitôt un peu plus de six milliards… de flocons de neige…
Nul n’est à l’abri d’une erreur, pas même les zirfonien dont la technologie est pourtant une des plus pointues du cosmos.
Les particules de leurs bombes avaient stupidement confondus les flocons de neiges avec les âmes des terriens..
Faut il qu’elles soient légères, ces âmes, pour être confondues de la sorte.
Mais les habitants de Zirfon ne doivent pas s’inquiéter outre mesure, une bombe a retardement a déjà été inventée par l’humanité, le décompte est en cours et bien entamé. La Terre n’a besoin de personne pour se détruire et la fin est sans doute proche.
A moins que tout à coup les âmes et les consciences se réveillent ??
Qui sait…
13:13 Écrit par Patrick dans littérature | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : litterature, nouvelle, syrius






